Veillée par deux sentinelles, haute glycine et pilier de l'entrée à toiture pyramidale, la même que celle du pigeonnier de la propriété, le prieuré de Lauzerte, très anciennement celui des Chartreux de Cahors a su préserver sa rusticité ecclésiastique tout en valorisant sa façade, végétation et couleur à l'appui.

Lumière du Quercy
Un Prieuré sur la colline

Préservation des matériaux et douceur des volumes, d'une maison religieuse du XVIe siècle revisitée par un couple d'artistes.
Village calcaire sur un éperon rocheux, Lauzerte fut ordonnancé comme une bastide, succession de rues se coupant à angle droit, formation orthogonale autour d'une place carrée.
La passion du Midi, Jacques et son épouse la partageaient depuis longtemps lorsqu'en 1972, de passage dans le Tarnet-Garonne, ils découvrirent une annonce illustrée d'une photo représentant la façade du prieuré.En peu de temps, de l'image à la réalité in situ, ils se firent une opinion largement favorable et décision fut prise de quitter Meudon pour les rives ensoleillées de bleu et de jaune éblouissants qui bordent les hauts ciels du Quercy.
Notre hôte est un artiste sorti de l'Ecole des Métiers d'Art, aujourd'hui le Musée Picasso, formé aux techniques de la céramique et de la sculpture.Il s'est promené et a présenté ses œuvres, un peu partout dans le monde, en Australie comme en Norvège. Dans le métier qu'il exerce, il est vrai qu'il est loisible de demeurer là où on le souhaite.
« Pas n'importe où, précise-t'il, mais de préférence au sud de la Loire. »
Dans les jardins de buis du XVIIe siècle, hauts de 2m50, Jacques a trouvé l'espace propice à son art. Il l'a repeuplé de ses créations, miroirs solaires alignés ou formant cercle, sculptures de métal et enclaves méditatives lovées dans les replats de son parc, célébrant conjointement l'inspiration originelle du lieu et la fougue de Phébus Apollon.
Jardin religieux et lumière apprivoisée répondent en écho à la façade du prieuré où les rayons du soleil culminent et se divisent, se déversent et se fragmentent, tamisés par la vigne grimpante, découpés par les replis et aspérités de la maçonnerie enduite et la triple rangée de gênoises, marque de la maison de maître dont les ombres portées sont suspendues au-dessus des murs. C'est ici le royaume du soleil et tout est fait pour en jouir pleinement tout en enrayant ses effets nocifs.
Éléments de verdure et teintes claires participent à l'animation de la façade. La blancheur de l'enduit, seulement appliqué là où il fallait, outre ses vertus thérapeutiques, préserve au mieux l'habitation des rayons solaires.
Douceur des volumes toujours: l'arrondi du poteau de départ de l'escalier en accord avec le plafond cintré qui prolonge l'entrée. Matériaux et textures d'antan: la porte à larges planches verticales et ferrures tête de pointe, le dallage de pierre et les murs chaulés.
Le salon. Solives du plafond, murs et encadrements de fenêtres: la blancheur est toujours de mise!
- Vue du côté opposé:
au fond, la cuisine;
à gauche de la décoration murale en céramique, la porte de la salle de bains.
Au sol, les grands carreaux de . terre cuite (30 x 40 sur 4 cm d'épaisseur) de teintes différentes.
Vue du salon et du jardin d'hiver à l'étage, la salle de bains toute revêtue de staff a des allures de crypte que vient éclairer un oiseau fabuleux aux ailes versicolores. Au couchant, la baie vitrée accueille généreusement le soleil qui reblondit les essences de bois.
Camaïeu de bois en cuisine, située plein ouest. Teintes chaudes des lambris et des poutres en peuplier. Nuances claires pour le bar en chêne d'Amérique dont le plateau est en fond de foudre - un tonneau de lumière - , le buffet et la table, les lames du parquet.

Rond et doux comme les collines de Lauzerte
La recherche de la lumière, son accommodation dans les meilleures conditions, est permanente. Elle va de pair, très souvent, avec la conservation des éléments architecturaux, volume du gros œuvre et modénature, en symbiose avec la pérennité du décor intérieur inscrit dans les matériaux et les formes lors de la naissance de l'édifice.
A l'entrée, la pénombre est agréable et procure fraîcheur en période estivale. Dallage de pierres et murs chaulés y créent une ambiance saine.Ménageant de la sorte un vestibule, le plafond est voûté d'un arc égal à la largeur de la porte.
Au départ de l'escalier, le poteau de la rampe s'effile comme une corne. Dans le salon plus moderne, le blanc de lys est de mise. Et plus encore, la salle de bains attenante, dont les parois ont été couvertes de staff, une variété décorative de plâtre. L'aspect troglodytique du lieu et la présence insolite d'un oiseau aux ailes diaprées fait la part belle aux énergies tonifiantes du rêve. Source de roche, eau régénérante et oiseau fabuleux.Dans la cuisine, exposée plein ouest, diverses essences de bois tapissent sols, murs et plafond.Peuplier, chêne d'Amérique et pin brut composent un camaïeu aux nuances plus chaudes au niveau des poutres, plus pâles en descendant jusqu'aux lames du parquet. Quand le soleil se couche, les larges baies vitrées accordent toute licence à la lumière pour entrer massivement. Intrusion tardive qui recolore les bois et leur donne une teinte blonde.


Dans l'angle, un piano à marqueterie.

Au dessus du banc, un bandeau historié du XIXe siècle. Le motif égyptien nous conte le récit d'une offrande, celle de la fiancée à son promis: une procession d'ânes figure la dot.
Dans la salle de détente, le tapis de billard a été baptisé
« Pâturages pour l'hippopotame bleu ».


A cause des vents d'Autan provenant du Golfe de Gascogne, chauds en été comme en hiver, il a été nécessaire de remanier partiellement la toiture.Sur les arêtiers et sur les rives, les tuiles ont été crochetées. Le portique dont la structure part du mur d'enceinte de la maison est une création. Précédemment, une maçonnerie pleine était en place.
Le socle a été conservé sur lequel s'appuie aujourd'hui des colonnes en bois

Dans le Quercy, le pigeonnier est de tradition ancienne.
Contrairement à la Normandie et aux provinces du nord où le droit de colombier était exclusivement réservé à la noblesse, la possession de cet édifice fut affranchie des prérogatives de la féodalité. Il existe différents types de pigeonnier en Tarn-et Garonne. La plupart cependant, ont en commun, d'être plus petits que ceux des pays d'Oïl, généralement conçus sous forme de tour aux dimensions imposantes et pouvant recevoir des centaines de nichées.
Jacques, aidé par les Bâtiments de France, a voulu restaurer le sien, celui de sa propriété du Chartron.
Structure à colombages, hourdis de carreaux de terre cuite revêtus de chaux, le pigeonnier a retrouvé son aspect d'autrefois.
Surmonté d'un épi de faîtage, du lanternon par où entrent les volatiles et d'une deuxième toiture pyramidale, le bâti repose sur des piliers en pierre au sommet desquels une excroissance en chapeau de champignon, le capel, est destinée à empêcher J'escalade des prédateurs.
Originellement symbole de l' accession des classes moyennes, bourgeois ou paysans, à la propriété, ce ravissant pigeonnier, comme les centaines d'autres qui jalonnent routes et campagnes du département, est en bonne logique l'équivalent rural du pavillon de chasse aristocratique.
Sous les ciels pommelés du Quercy, sa fine silhouette s'élance tout à la fois emblème de la paix, pour ces colombes accueillies, et de la liberté conquise sur les privilèges.